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Texte proposé par le Collectif des Précaires de l'ESR d'Aix-Marseille (mai 2016)

1-Analyse du système global

Le collectif s'est créé pour dénoncer la précarisation croissante de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche et plus généralement sur le “marché du travail” en rejoignant la mobilisation contre la “loi travail”. Le nombre de précaires ne cesse de croître depuis plusieurs années dans l'ensemble des secteurs et plus particulièrement dans le secteur de L'ESR. La visibilisation des conditions de travail et plus largement des travailleur.euses précaires de l'ESR est un enjeu important dans la dénonciation des dysfonctionnements du système universitaire.

Dans ce cadre, il est urgent d'interpeler l’Etat sur les conséquences de l'adoption de la LRU qui a engendré la baisse de la dotation publique dans l'ESR et par là même la baisse des postes de titulaires. Nous devons dénoncer la démarche de démantèlement du service public dans laquelle l'Etat s'est engagé. Les financements publics à long terme de la recherche sont de plus en plus remplacés par des financements à court terme mettant en danger la qualité et l'indépendance de la recherche. Dans le même temps, le secteur privé bénéficie de facilités (CIR-Crédit impôt Recherche) qui permettent aux entreprises privées d'avoir à disposition des chercheurs « bon marché » qui servent leur propres intérêts.

2- Sur la notion de précarité

La notion de précarité recouvre des situations diverses qui se définissent principalement par des contrats à durée déterminée. Ce type de contrat de travail pouvant être légitime, dans le cas d'un doctorat par exemple, de nombreux abus sont cependant à dénoncer. La concurrence de tous.tes contre tous.tes, amène les non-titulaires à accepter des conditions de travail parfois contraires au droit de travail : heures supplémentaires non rémunérées, non reconnaissance du travail accompli… Le risque de ne pas voir renouveler le contrat de travail conduit les non-titulaires à se soumettre à des exigences de plus en plus importantes (publier, communiquer, donner des cours, participer aux heures de formation dans des temps records). Le manque de postes dans l'ESR amène les jeunes docteur.e.s à cumuler plusieurs contrats “post-doc” avant de pouvoir prétendre à un “vrai” poste. Le statut de “chercheur.e contractuel.le” devient la règle faisant ainsi progressivement disparaître les statuts de titulaire de l'ESR. La loi Sauvadet avait pourtant permis de rendre possible la “CDIsation” des contractuels (au bout de 6 ans!) mais de nombreuses universités font appel à des filiales privées afin de contourner la loi et de maintenir les travailleur.uses dans l'incertitude. L'invisibilité des précaires permet de sortir du cadre légal qui régit l'organisation du travail. La mensualisation des salaires n'est pas appliquée, les heures supplémentaires ne sont pas rémunérées… Il est grand temps de rendre visible les agissements qui ont lieu dans l'université et qui forme le quotidien de milliers de travailleurs de l'ESR.

3 - Nos revendications concernent l’ensemble des acteurs de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Concernant les étudiants en Master, jeunes chercheurs dont les recherches s'insèrent souvent dans les axes des laboratoires, une reconnaissance de leur travail de recherche doit également être effective dans les plus brefs délais. Ces étudiants sont formés à la recherche et participent par leurs travaux à l'avancement de celle-ci. Les conditions de déroulement des Masters ne sont que trop disparates et de nombreux étudiants souffrent dans plusieurs disciplines d'une absence de statut de chercheur. L'unique statut étudiant ne permet pas d'accéder à certaines ressources pourtant disponibles pour les jeunes chercheurs en doctorat. C'est pourquoi nous demandons un conventionnement des Masters Recherche avec les structures de recherche tels que le CNRS et l'IRD, afin de garantir aux étudiant.e.s un cadre favorable pour la réalisation de leur mémoire de recherche. Ce statut leur permettrait d'accéder à des défraiements et aux assurances nécessaires pour effectuer leur travaux d'acquisition de données. Cependant, ce conventionnement ne doit pas aboutir à une sélection à l’entrée en Master. Il est impératif que les diplômes de Master restent accessibles à tous et toutes. Nous demandons aussi davantage d’accompagnement des étudiant.e.s notamment dans l'accès au doctorat et aux sources de financements possibles. La transparence dans les modalités de recrutement des doctorant.es doit également être garantie. Les informations relatives aux financements sont trop souvent peu accessibles et obscures. Il est nécessaire d'égaliser les conditions de recrutement. En outre, l'augmentation du nombre d'allocations de thèse est primordiale afin de garantir à un plus grand nombre de meilleures conditions d'une recherche humaine et de qualité.

Du statut d’étudiant au statut de doctorant, nous exigeons la possibilité pour tous d’être au chômage et au RSA. Nombre d’étudiant.es et doctorant.es travaillent pour vivre et financer leurs études et recherches. Comme tous les salariés, ils doivent avoir accès aux indemnités chômage qui sont le fruit d’une cotisation salariale préalable, perdue à échéance de deux ans. Le RSA étant un droit pour tous, le statut d’étudiant et de doctorant ne devrait pas l’en écarter. Il est également nécessaire de réaffirmer et reposer la question de l’exonération des frais d’inscription pour tous les étudiants. Les doctorant.e.s ne sont parfois pas des travailleurs de droit dans le sens où ils et elles n'ont pas de contrats de travail mais nous sommes tous et toutes des travailleurs DE FAIT !!! Nous produisons des connaissances au quotidien. Lorsque nous communiquons dans des colloques et des congrès, nous rendons visibles nos laboratoires et lorsque nous organisons des événements scientifiques, nous contribuons grandement à faire avancer les connaissances. De manière générale, que l'on soit financé ou non, que l'on enseigne ou non, nous sommes tous et toutes des chercheurs et participons pleinement aux activités de recherche. Dans ce sens, nous revendiquons la visibilité et la reconnaissance pour le travail que nous accomplissons au quotidien.

L’accès au doctorat doit être un droit pour tous et toutes. Les doctorant.es doivent être rémunéré.es décemment pour réaliser leur travail de production de connaissances. Le doctorat étant une formation à part entière comprenant une palette de savoir faire acquis en cours de route, nous demandons que les modalités des 100 heures de formation dans le cadre de la thèse soient repensées. Leur caractère obligatoire nuit aux bonnes conditions de travail des doctorants qui voient leur temps de recherche de nouveau réduit. Les conditions d'accès et de travail dans le cadre du doctorat doivent être les mêmes pour tous et toutes. Il est ainsi nécessaire que les doctorants étrangers obtiennent un titre de séjour “salarié”, seule condition pour que ceux ci puissent bénéficier des allocations chômage dues à la suite de leur contrat de travail. Pour répondre à l'ensemble de ces revendications, il est nécessaire de créer un statut pour les doctorant.es qui reconnaît la qualité de travailleur en formation.

La place des chargé.es de cours non titulaires doit être également reconnue. Leur intégration dans les équipes pédagogiques est primordiale pour un enseignement de qualité à destination des étudiant.es. Il est urgent que les salaires soient mensualisés.Nous n’acceptons plus les retards dans les paiements des vacations, les versements de salaires à l’issue d’un semestre parfois plus, et demandons une augmentation de la rémunération horaire du salaire. L’augmentation du nombre de postes de titulaires (chercheurs, enseignants, techniciens et administratifs) dans les universités et les établissements de recherche est une nécessité.

4- Le collectif Aix Marseille et le collectif national : quelle campagne mener ? quelles stratégies adopter pour massier notre mouvement ?

Le collectif d'Aix Marseille regroupe pour l'heure une majorité de doctorants.e.s et de jeunes docteurs, un ingénieur d'étude et un chercheur contractuel embauché par une filiale de l'université depuis plusieurs années. Le collectif que nous construisons a pourtant l'ambition de regrouper l'ensemble des non-titulaires de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. Nous souhaitons pouvoir réunir l'ensemble des chercheurs non-statutaires : masterant.es Recherche, doctorant.e.s financé.es et non financé.es, Post-doctorants, chercheurs en CDD, et BIATSS (bibliothécaires, ingénieurs, administratifs, techniciens, ouvriers, personnels sociaux ou de santé). Nous voulons nous adresser à tous les contractuels, les non titulaires, qu'ils soient personnels d'appui à la recherche ou pas. Nous proposons de garder à l'heure actuelle l'autonomie des collectifs locaux en ce qui concerne l'écriture des tracts, pouvant d'ailleurs être repris entre les différents collectifs. Le site Precairesesr.fr doit être une ressource permettant la circulation du matériel et le passage d'information. Des bilans d'activité doivent être envoyés sur la liste @bonjour puis mis en ligne sur l'onglet de chaque ville.

Il est indispensable de se structurer au niveau national. Toutes les personnes membres des collectifs locaux sont invitées à s'investir dans les différentes commissions nationales qui communiquent par mail.

Enfin, il est nécessaire de massifier notre mouvement et mettre en œuvre des actions pour aller à la rencontre de celles et ceux qui ne sont pas présents parmi nous aujourd'hui. La prochaine rentrée universitaire sera un moment opportun pour susciter le débat, sensibiliser et affirmer nos revendications. Dans ce cadre, nous proposons des actions concrètes au niveau local et national au cours de ce temps fort de l'année universitaire. Dès le mois de Septembre, nous devons tous et toutes construire la mobilisation localement en allant à la rencontre des précaires qui font tourner les universités. Nous proposons d'organiser localement des réunions avec chaque catégorie de personnel; étudiant.es de Master, doctorant.es et docteurs sans poste,enseignants-chercheurs contractuels, personnels administratifs, techniciens et ingénieurs de recherche… Il est important que chacun puisse prendre la parole et expose ses conditions particulières de travail.

En outre, il s'agira de rencontrer les syndicats pour mener ces campagnes et contacter les personnels en question. Une coordination nationale peut être alors envisagée pour mener à bien ces temps forts de convergence entre les différentes catégories des précaires de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. De cette mobilisation, nous souhaitons mener en octobre des campagnes ciblées d'information vers ces différentes composantes de l'Université. Nous proposons la rédaction de tracts, non plus génériques sur la précarité à l'université, mais en déclinant par statut les différentes conditions de travail. Il s'agit de s'adresser directement à chaque catégorie en consacrant une semaine d'information et de mobilisations spécifiques. La visibilité de cette mobilisation est essentielle, une intense campagne d'affichage au sein des Universités doit être pensée. Pour cela nous devons nous doter d'un logo qui sera repris par tous les collectifs. (Si celui des fourmis est proposé par le collectif de Nantes nous approuvons) Nous avons pour l'instant utilisé le logo utilisé lors de la journée d'action du 13 avril puis tous nos tracts et mails sont “signés” #OnChercheMieuxQueCa.

texteaixmarseille.txt · Dernière modification: 2016/05/24 17:13 par kevin